Zombification des masses

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Zombification des masses

Message par Georgius le Lun 17 Juil - 4:05

Quelques pensées me viennent à l'esprit après la lecture de deux phrases de Lug :

Lug a écrit:Être capable de voir plus loin que la simple illusion concrète de l’humanité, dans sa forme animale, amène inéluctablement à suivre un chemin sur lequel on ne croise que peu de pèlerins déterminés à sortir et s’éloigner de cette triste condition inférieure.

Lug a écrit:Je souhaite que les êtres humains, actuellement en incarnation, prennent pleinement Conscience qu’ils sont plongés dans une colossale tromperie à facettes multiples.

En effet, les illusions sont partout. Les technocrates de ce siècle ont réussi à créer une sorte de matrice complètement dépourvue de poésie et de spiritualité. Aujourd'hui, nous dépendons entièrement de toutes ces firmes, ces multinationales qui s'enrichissent sur notre dos. Si on venait à nous couper l'eau, le gaz, l'électricité ou internet, notre vie deviendrait infernal, car nous n'avons plus ces réseaux d'autrefois qui nous protégeaient en cas de coup dur (le paysan connaissait le boulanger, et le boulanger connaissait le cordonnier, et les femmes des deux derniers connaissaient les familles des autres travailleurs, et ainsi de suite). Les petites communautés du siècle dernier arrivaient à affronter tant bien que mal les catastrophes.


En ce moment, les états ne sont plus capables d'assurer notre sécurité. On nous dit qu'il faudra vivre avec les crises et le terrorisme. Et puis, en même temps, on continue de nous endormir avec cette Culture qui serait un remède à tout (remède contre la pauvreté, l'exclusion sociale, l'inégalité, etc.). Une culture, soit dit en passant, qui se résume à débiner des tas de banalités et de mots issus des techniques managériales américaines. Nos fonctionnaires sont formés pour effectuer des diagnostics de territoire, renforcer le lien social et les partenariats avec des institutions qui décrutent des techniciens au lieu de les licencier.
Petit à petit, les gens ont appris à utiliser ses mots ; on leur a ôté la possibilité de se révolter. Le clochard est devenu un sans domicile fixe ; le chômeur n'est plus qu'un chercheur d'emploi qui retrouvera, un jour ou l'autre, un joli CDD, graal de tous les précaires. Ainsi la boucle est bouclée : le pauvre oublie qu'il est pauvre ; tout va bien dans le meilleur des mondes.

Quiconque est un peu clairvoyant se rend bien compte que nos sociétés complexes sont dans un état de déliquescence avancée et qu'elles ne pourront pas tenir indéfiniment. Quelque chose se prépare. Nous vivons dans une époque charnière. Trop de forces contraires commencent à s'affronter. Il suffit d'écouter les idées des uns et des autres sur Youtube pour comprendre que des conflits religieux, politiques, identitaires, sociaux surgissent de partout.


Francis Cousin, un philosophe, a écrit un paragraphe intéressant à ce sujet :

Francis Cousin a écrit:Toute l’histoire des sociétés contemporaines dans lesquelles désormais gouvernent les lois du spectacle marchand se présente comme une immense accumulation de scissions entre les êtres vivants et leur propre vie abîmée. Le système social de production de la modernité est l’infinie fabrication circulaire d’individus isolés dans la grande foule indistincte. Par delà les satisfactions illusoires de l’abondance matérielle, la pauvreté essentielle de l’homme ne cesse de se manifester dans les blessures innombrables de chaque vie individuelle atomisée et banalisée qui souffre dans la solitude du factice interminable et dans la négation achevée du sens de l’authentique.


Le pire, dans cette histoire, c'est que la plupart des individus des classes moyennes et populaires préfèrent fermer les yeux et se cacher dans leurs plumes pendant que les plus aisés restent sur leur parapente et volent à l'altitude qui leur semble bonne, sans même voir les gros cumulus qui se regroupent au-dessus de leur tête.
L'inconscience et l'indifférence sont à tous les étages.
Cette attitude générale, presque nonchalante, voire étrange, m'inquiète. Cette manière de faire la sourde oreille me dépasse.
Parfois, j'essaie encore de tenter quelques approches en prenant certaines précautions, mais on m'écoute d'une oreille, on approuve mes propos et on reprend aussitôt le smartphone pour regarder les dernières nouveautés qui s'affichent sur la page Facebook. Dans ces cas-là, je sais que je ne dois plus insister.

L'anecdote est caricaturale, mais elle démontre bien que beaucoup d'individus n'arrivent pas à intérioriser ces grands enjeux qui vont peut-être nous sauter à la figure.


****

Il m'arrive aussi de rencontrer des jeunes qui n'ont plus de contacts avec la réalité et qui préfèrent vivre devant leurs écrans, en consommant une nourriture tricatelienne qui les tuent à petit feu. Ils regardent en boucle des séries télévisées, des films, des jeux, préfèrent les univers virtuels et les paradis artificiels, fuient les responsabilités, les contraintes, cherchent à affronter d'autres citoyens-zombies en provoquant des conflits symboliques et agressent verbalement quiconque aura le culot de les questionner sur leurs habitudes. Un intellectuel un peu conspi disait sur un ton un peu provoquant que nos sociétés fabriquaient non plus des citoyens mais des "systèmes digestifs avec un sexe" (des zombies, en somme). Bien entendu, je trouve que l'expression est excessive et incorrecte. L'accepter reviendrait à dire tout bas que les gens peu évolués n'ont pas d'âme et qu'ils ne pourront jamais évoluer.

Au fond, il y a comme une sorte de guerre larvée entre ceux qui utilisent ce système pour cumuler les jouissances éphémères et ceux qui ont compris que l'état actuel de la société laissait à désirer. Et c'est l'évolution du capitalisme jusqu'à son paroxysme qui a donné naissance à cette figure du citoyen-zombie qui n'existait pas il y a un demi-siècle.

Pour ma part, j'ai choisi le camp de ceux qui ont compris que l'état actuel de la société laissait à désirer, tout en refusant de mépriser, d'utiliser, de manipuler, de blesser les gens qui n'ont pas envie d'ouvrir les yeux.  
Néanmoins, je suis obligé de m'insérer dans ce monde pour pouvoir assurer ma survie, et puisque ce monde est malade, je suis moi aussi malade, parce que je ne peux pas être moi-même. Jouer un rôle est inutile et fatigant. Je peux à la limite faire le marrane, zombie le jour, lucide le soir. Mais là, c'est préférer la duplicité à l'authenticité.

Enfin voilà. La situation actuelle me paraît assez floue. Je ne sais pas sur quel pied danser. J'ai parfois peur de devenir orgueilleux, d'être amoral par rapport à cette majorité qui vit totalement dans l'illusion et qui détruit, sans le vouloir, lentement mais sûrement, notre belle planète. (Je la détruit aussi, vu que je consomme ; nous sommes tous complices en quelque sorte.)

Devons-nous abandonner les "zombie-citoyens" à leur sort ? Vu l'état actuel des choses, devons-nous les refouler pour nous protéger ? Doit-on être intransigeant et ferme avec ces gens qui ne veulent rien voir ni entendre  ? Faut-il être généreux avec les individualistes et les hédonistes ? Faut-il vivre comme un marrane quand l'orage approche ?
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Re: Zombification des masses

Message par Georgius le Mer 19 Juil - 21:11

La Hiérarchie a écrit:Membres de la Fraternité d’Hermès il vous est demandé d’éliminer de votre esprit toute critique, toute pensée dépourvue de bienveillance afin de pouvoir adopter une attitude de divine indifférence à l’égard des personnalités éphémères et à l’égard du chaos actuel, ceci pour que vous puissiez parvenir à vous mettre en harmonie avec l’attitude qui caractérise la Hiérarchie.

Les événements qui se passent dans tous les pays actuellement mèneront très rapidement à cette situation qui permettra à l’humanité de se mettre à vivre et à éveiller progressivement sa Conscience aux valeurs subjectives.

En cette époque de tension et d’effort, la Hiérarchie rappelle : qu’il n’y a pas lieu de ressentir un sentiment de vanité ou de petitesse ; les nouveaux groupes de disciples sont des Groupes-Semence ; ils se trouvent encore dans l’obscurité ou à un stade de croissance et dans un processus d’expansion discret et silencieux.

Lug a écrit:La Conscience parvient à se hisser et à se maintenir, de façon stable, dans son corps spirituel seulement et après avoir maîtriser les conflits de ses corps inférieurs.
Une fois qu'elle s'installe dans cet état d'évolution, elle devra faire face aux crises que cet état engendre avec son milieu qui, lui, n'a pas suivi la même évolution.

Tout est dit.
Il suffisait de lire.

Ainsi soit-il. Je m'incline.

_________________
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